Le contrôle des PEE : un excellent début

Grâce au soutien de la Fondation de la faune du Québec et de la Ville de Saint-Bruno-de-Montarville, la première année du projet 2025-2030 de contrôle des plantes exotiques envahissantes (PEE) au mont Saint-Bruno affiche des résultats encourageants compte tenu de l’étendue du problème.  Photos d’en-tête : Béatrice Rousselle.

Le contrôle des PEE : un projet essentiel

Les plantes exotiques envahissantes (PEE) représentent une grande menace à la biodiversité du mont Saint-Bruno et leur impact réduit la qualité de vie des gens.

Au niveau mondial, les PEE dans leur ensemble continuent à se propager rapidement.  Pourtant, elles peuvent être évitées.  Des progrès ambitieux dans la gestion des invasions biologiques sont réalisés grâce à une gouvernance et une gestion intégrées.

La clé du succès : la gestion intégrée

La gestion intégrée, c’est tout simplement de gérer ensemble plutôt qu’en silo.  C’est d’adopter une vision collective qui favorise un dialogue ouvert et l’utilisation d’outils communs. C’est d’accepter que la progression des PEE ne reconnaît pas la limite d’une propriété avant d’envahir celle du voisin.

En 2024, la gestion intégrée a permis à la Fondation du Mont-Saint-Bruno de caractériser les colonies de PEE et de produire une première carte de l’envahissement au mont Saint-Bruno en collaboration avec Nature-Action Québec et la Sépaq, ses partenaires de conservation.  La Fondation a continué à privilégier cette gestion à l’été 2025 dans le projet de contrôle des PEE.

La professeure Tanya Handa de l’UQAM, directrice du projet, et Audray Fontaine, coordonnatrice aux opérations de la Fondation, ont maintenu un dialogue tout au long de l’année avec les partenaires de conservation et plusieurs propriétaires de terrains : la Ville de Saint-Bruno-de-Montarville, l’Académie des Sacrés-Cœurs, le Collège Trinité et le Groupe Lobato. À gauche : Rencontre du 13 mai 2025 entre les équipes de la Fondation et de l’Académie des Sacrés-Cœurs (Photo : JMcD)

Les terrains visés par le contrôle des PEE

L’équipe de terrain composée des stagiaires de l’UQAM Olivier Claude Desrochers, Karine Manoli et Béatrice Rousselle a travaillé à plusieurs endroits dans le pourtour de la colline :

Ville de Saint-Bruno-de-Montarville

  • La servitude des Hirondelles
  • La Réserve naturelle du Boisé-Tailhandier
  • La ruelle Rabastalière
  • La Réserve Laliberté
  • Le parc du Frère-Marcel-Alary
  • La piste cyclable Goyer
  • Le parc Kéroack

À ceci s’ajoutent les terrains privés de l’Académie des Sacrés-Cœurs, du Collège Trinité et du Groupe Lobato, propriétaire du terrain entourant le lac Goyer à Saint-Bruno.

La biomasse retirée

L’équipe a retiré deux tonnes de biomasse à l’été 2025 ! Un exploit en soi vu le travail manuel et les conditions de chaleur extrême.

Les PEE retirées sont l’alliaire officinale, l’épine-vinette du Japon, les nerpruns cathartique et bourdaine, la renouée du Japon, le dompte-venin de Russie et l’anthrisque des bois. Photo : Olivier Desrochers

Les méthodes d’arrachage

Plusieurs méthodes ont été utilisées pour le contrôle, mais le tout s’est déroulé à la main, à la pelle ou avec des pinces à levier.  La méthode utilisée dépend de l’espèce.  À titre d’exemples :

  • L’alliaire officinale s’enlève à la main comme un charme.  Des corvées d’arrachage avec des étudiants et des bénévoles sont de bonnes initiatives peu coûteuses pour faciliter les interventions.
  • L’anthrisque des bois s’enlève bien avec une petite truelle. À eux seuls, pendant environ une heure, les élèves de deux classes de l’école primaire Mount Bruno ont retiré 36 kilos d’anthrisque dans le parc près du lac du Village, le 2 juin dernier.
  • En revanche, l’épine-vinette du Japon porte bien son nom : des gants robustes, un sécateur et une pelle tranchante sont de la partie, épines très sérieuses obligent.  L’épine-vinette favorise la présence des tiques à pattes noires et empêche la croissance des arbustes et herbacées indigènes, d’où le besoin d’arracher.

L’équipe de terrain, accompagnée d’Audray Fontaine, à la suite de la sortie scolaire avec l’école primaire Mount Bruno : de g. à d. Béatrice Rousselle, Audray Fontaine, Karine Manoli, Olivier Desrochers (photo : JMcD)

Le moment d’arrachage

L’équipe de terrain a bien planifié l’arrachage afin que le travail soit réalisé avant qu’une plante ne dissémine ses graines au sol.  Un arrachage tardif aurait aggravé le problème.

Pour reprendre l’exemple de l’alliaire officinale, un seul plant peut produire jusqu’à 900 graines, qui sont expulsées sur de courtes distances après sa floraison à la mi-juin.  Il faut donc terminer l’arrachage avant cette période.  Fait intéressant : la marche et le vélo contribuent accidentellement à disséminer les graines sur de plus grandes distances, expliquant pourquoi l’alliaire colonise abondamment les bordures de sentiers pédestres ou de vélo.

Du côté de l’épine-vinette, les oiseaux contribuent à propager les graines sur de longues distances dès la période de fructification de la fin de l’été.  L’arrachage se fait donc tout au long de l’été.  Comme il s’agit d’une PEE difficile à contrôler, il faut éviter l’achat de cultivars de cette espèce pour l’aménagement horticole.

Un travail collectif en continu

Les PEE nécessitent des années d’arrachage avant de s’affaiblir et possiblement disparaître.  Il est rare cependant que ce soit à tout jamais car elles sont typiquement des espèces compétitrices féroces qui menacent nos plantes indigènes.  Il s’agit donc d’un travail en continu. Photo : Olivier Desrochers

En 2026…

Le travail de la Fondation se poursuivra en 2026 par un suivi des endroits contrôlés en 2025.  Nous espérons ajouter, en collaboration avec de nouveaux propriétaires de terrain, des lieux envahis qui ont échappé au contrôle cette année.  Si les PEE sont laissées à elles-mêmes sur un seul terrain, elles se propageront aux sites qui ont été nettoyés.  Et le tour est joué, la colonie est de retour.  On recommence le contrôle pendant plusieurs années.  C’est pourquoi tous les propriétaires devraient reconnaître les PEE sur leur terrain et agir rapidement.

La Fondation du Mont Saint-Bruno continuera à encourager une gestion intégrée et à souhaiter la bienvenue à de nouveaux partenaires ayant des propriétés dans la zone périphérique du parc national afin de protéger ce patrimoine naturel exceptionnel qui est le mont Saint-Bruno.

Professeure Tanya Handa, UQAM

Directrice scientifique, Fondation du Mont-Saint-Bruno